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Cher lecteur,

Quel début d’année 2026… Entre les gesticulations de Donald Trump et une politique étrangère qui ressemble davantage au scénario d’un mauvais film Disney qu’à une stratégie géopolitique cohérente, on en viendrait presque à regretter les méchants bien écrits.

Le Venezuela, l’Iran, le Groenland : les épisodes s’enchaînent et frisent le lunaire. Et pourtant, malgré cette folie interventionniste, une complaisance gênante des médias s’installe. Petit rappel utile : lorsqu’un conflit implique une grande puissance, méfiez‑vous des discours sur les droits humains, la démocratie ou la liberté. Pour comprendre les vraies raisons, suivez l’argent. Il parle toujours plus clairement que les communiqués officiels.

Même du côté des politiques et des éditorialistes français pro‑Trump, le malaise est palpable. Ils sont bien forcés de constater une évidence : Trump joue pour les intérêts américains. Exclusivement. Brutalement. Sans fard.

La preuve ? Trump, n’appréciant guère la volonté européenne de conserver le Groenland sous son influence, menace de mettre en place des barrières douanières supplémentaires au Danemark, à la Norvège, à la Suède, à la France, à l’Allemagne, au Royaume-Uni, aux Pays-Bas et à la Finlande : 10 % à partir du 1er février, puis 25 % à partir du 1er juin sur nos produits français exportés vers les Etats‑Unis. Rappelons que les droits de douane ont déjà été relevés à 15 %. Ils seraient portés à 25 %, voire 40 %, si Trump mettait ses menaces à exécution.

Depuis, il est revenu sur ses propos, évoquant désormais la possibilité d’un accord sur ce dossier du Groenland. Il pourrait toutefois changer d’avis à nouveau dans les prochains jours, tant son comportement reste imprévisible.

Le président américain a également menacé d’imposer des droits de douane de 200 % sur les vins et champagnes français si Emmanuel Macron refuse de rejoindre son « Conseil de paix », une initiative internationale qu’il a proposée pour résoudre les conflits mondiaux. Cette menace, brandie lundi depuis la Floride, vise directement un secteur emblématique de l’économie française.

Nos entreprises exportatrices n’avaient clairement pas besoin de ça. A partir d’aujourd’hui, toute entreprise française exportant vers les Etats‑Unis doit intégrer un nouveau paramètre : l’imprévisibilité politique. Résultat ? Les prochaines usines françaises dont les produits sont destinés au marché américain seront implantées sur leur sol. Seule solution pour éviter de voir un modèle économique balayé du jour au lendemain.

Même sans appliquer ses menaces, Trump a déjà gagné car les entreprises qui exportent vers les Etats-Unis sont terrifiées.

Etats‑Unis : 1 – France : 0

De notre côté, nos responsables politiques semblent pétrifiés. Ils menacent de déployer l’instrument anti-coercition, le « bazooka » de l’UE, mais ils ne feront rien.

Leur stratégie se résume donc à espérer que Trump ne leur tape pas trop fort sur la tête. C’est précisément dans ces moments que l’on constate que l’Union européenne n’est pas un allié, partenaire ou concurrent des Etats‑Unis, mais simplement un vassal. Dont acte.

Passons maintenant à la situation nationale.

Côté budget, l’année 2026 a commencé sans budget adopté. Une situation ubuesque, qui sera réglée à coups de 49.3. Promesse non tenue du Premier ministre, Sébastien Lecornu, passé maître dans l’art du flou normand.

Ce qui m’interpelle le plus dans ce budget, c’est la surestimation manifeste des recettes. On se croirait face au business plan d’un jeune diplômé persuadé qu’il va détrôner un géant mondial avec une « idée révolutionnaire ». Plus inquiétant encore : du côté de l’opposition, silence radio. Personne – absolument personne – ne relève cette surestimation, notamment sur la TVA.

Solde général budget

12 % de hausse des recettes de TVA ? Sérieusement ?

Vous pourrez également constater que l’ »austérité » selon le gouvernement consiste donc à dépenser en 2026 22,7 milliards d’euros de plus qu’en 2025, tout en augmentant les impôts de 24,6 milliards. Et cela ne tient pas compte de l’augmentation de la CSG et des dernières annonces du gouvernement. Soyons honnêtes : nous ne sommes absolument pas entrés dans une politique d’austérité.

Seuls les marchés financiers feront plier la France. Le jour où ils décideront de ne plus prêter, nos députés s’agenouilleront pour quémander et accepteront l’inacceptable. Une tragédie grecque que l’on nous présentera comme un accident : « Nous ne savions pas », « les marchés nous ont attaqués », « le contexte international est responsable de ce chaos ». Beaucoup de bla-bla, peu de courage.

Je ne commenterai même pas la récente annonce de la surtaxe sur les grandes entreprises, désormais censée rapporter 8 milliards d’euros au lieu de 4. Vous connaissez la musique : toute taxe dite exceptionnelle, donc provisoire, devient permanente. L’Etat prédateur dans toute sa splendeur.

Pendant ce temps, de plus en plus de Français font la queue pour prêter de l’argent à l’Etat français. Selon les dernières données de la Banque de France, les Français ont augmenté leur encours de 12,5 milliards d’euros sur les fonds euros au deuxième trimestre 2025. Près de 9 milliards étant des emprunts d’Etat français. 44 % du total des montants épargnés par les Français au deuxième trimestre 2025 ont été prêtés à l’Etat français. Quand tout cela tournera au vinaigre, ces épargnants ne pourront pas dire qu’ils ne savaient pas. L’avantage fiscal ne justifie pas le fait de prêter son argent à quelqu’un d’insolvable.

Cela fait en attendant bien les affaires de l’Etat qui devra emprunter 310 milliards d’euros sur les marchés cette année.

Emprunt Etat France

Source : AFT / La Chronique d’une France en Faillite

Un record qui, je pense, est sous-estimé. Au moins 325 milliards seront empruntés par la France en 2026, selon mes estimations. Les recettes sont surestimées. Et si elles ne sont pas au rendez‑vous, l’Etat ne réduira pas ses dépenses. Il choisira la facilité : emprunter encore.

Le scénario grec se rapproche à grands pas. C’est pourquoi je commence à me documenter sur la manière dont les Grecs ont été « tondus ». J’étudierai les documents du ministère de l’Economie grec pour comprendre concrètement quels sacrifices leur ont été imposés. Cela nous donnera un aperçu d’un futur français de plus en plus probable.

Nous étudierons tout cela ensemble dans mes prochaines éditions de La Chronique d’une France en Faillite.

Enfin, rappelons cette belle promesse : l’objectif de 5 % de déficit en 2026 sera tenu « sincèrement », selon le Premier ministre Sébastien Lecornu. Une déclaration pleine de poésie, à quelques mois d’une possible dégradation par l’agence de notation Moody’s, attendue le 10 avril prochain.

Calendrier notation France

Source : AFT / La Chronique d’une France en Faillite

En ce début d’année, une seule chose me saute aux yeux : ce pays continue à avancer les yeux fermés, convaincu que le mur s’écartera de lui‑même.

Ionès Jaoulane
Directeur des Investissements aux Publications Agora

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