Hier à Bercy, Roland Lescure, David Amiel, Jean-Pierre Farandou et Stéphanie Rist ont présenté le PLF et le PLFSS 2027. 54 milliards d’effort. Gel des retraites, gel des allocations, frais d’inscription pour les étudiants en BTS et en prépa. J’ai sorti la calculatrice. Encore.
Cher lecteur, le chiffre le plus important de ce budget 2027 est celui-ci : les dépenses publiques primaires augmenteraient encore, de 1 662,5 milliards d’euros en 2026 à 1 691,0 milliards en 2027. Soit 28,5 milliards d’euros supplémentaires, une hausse de 1,7 %. Malgré les efforts annoncés, l’État ne parvient toujours pas à faire baisser le montant de la dépense publique. Ces chiffres portent sur l’ensemble des administrations publiques, hors intérêts de la dette, et sont exprimés en euros courants.
Hier matin à 8h30, Roland Lescure, David Amiel, Jean-Pierre Farandou et Stéphanie Rist se sont retrouvés au ministère des Finances pour présenter le budget 2027. À 10h30, il passait en Conseil des ministres. Le Haut Conseil des finances publiques avait rendu son avis à 9h. La journée avait commencé tôt, quand on a 54 milliards à justifier. Ils ont choisi de l’appeler « budget de redressement ». Pas « budget d’austérité ». Le mot est banni du vocabulaire officiel depuis des années — même quand c’est ce que ça décrit.
Voici ce que ce budget contient. Ce qu’il ne dit pas. Et pourquoi la formulation choisie dit plus de choses sur notre système politique que n’importe quel chiffre.
Les mesures du budget 2027 — vous les connaissez déjà
Vous ne lisez pas cette chronique pour retrouver les annonces qui tournent en boucle sur les plateaux : retraites partiellement désindexées, gel du point d’indice et de certaines aides, ajustements fiscaux pour les retraités et les entreprises. Tout cela est déjà commenté. Passons à ce qui ne l’est pas.
Ce que ce budget ne dit pas — et les réserves du HCFP
Le Haut Conseil des finances publiques a rendu son avis hier à 9h, sous la présidence d’Amélie de Montchalin — ce qui n’est pas sans ironie, Montchalin ayant quitté le gouvernement en février pour prendre la tête de l’institution censée évaluer le gouvernement dont elle était membre. Le Haut Conseil juge « plausible » le scénario économique pour 2026, avec une croissance prévue à 0,5 %, mais estime « optimiste » la prévision de croissance de 1 % pour 2027. Dans un contexte de hausse des taux et de contraction budgétaire, ce rebond reste donc un pari.
Il y a une ligne que le gouvernement n’a pas mise en avant. La charge d’intérêts de la dette dépassera 79 milliards d’euros en 2026 et atteindra 91 milliards en 2027, selon le ministère de l’Économie. Des sommes astronomiques — ce sont les mots du texte budgétaire lui-même. La hausse des intérêts réduit les marges de manœuvre budgétaires, ce qui complique le chemin vers un vrai redressement.
Et la dette ? Elle continuera d’augmenter en 2027. Réduire le déficit ne signifie pas réduire la dette : tant que les comptes restent déficitaires, ils continuent d’alimenter l’endettement. Le « redressement » annoncé ralentit la dégradation — il ne l’inverse pas.
Qui paie — et ce que ça dit sur nos priorités collectives
Un budget, c’est un document politique autant qu’un document comptable. Ce qu’on choisit de couper dit qui on protège et qui on sollicite. Les choix présentés hier sont lisibles. Les retraités dès 1 260 € bruts mensuels de pensions cumulées (base et complémentaire), avec une revalorisation réduite de leur retraite de base et un gel possible au-delà du seuil supérieur, lissé jusqu’à 2 034 €. Le dispositif reste soumis au vote du Parlement et ses taux doivent être précisés par décret. Les fonctionnaires via le gel du point d’indice. Les grandes entreprises via le maintien de la surtaxe. Les bénéficiaires d’allocations familiales.
Une chose que je note positivement dans ce texte : le gouvernement a annoncé qu’il ne gèlerait pas le barème de l’impôt sur le revenu — une revalorisation de 2,1 % est envisagée, sous réserve de confirmation dans le texte du Projet de loi de finances. Attention cependant : cette indexation n’empêche pas une hausse d’impôt pour certains ménages. L’abaissement envisagé du plafond de l’abattement de 10 % sur les pensions — de 4 439 à 3 000 € — augmenterait l’assiette imposable des retraités concernés. C’est donc bien de 5,5 milliards d’effort demandé aux retraités qu’il faut parler, entre gel des pensions et avantage fiscal réduit.
La vraie question — ce budget sera-t-il voté ?
Ce budget a été présenté hier. Il doit normalement être déposé à l’Assemblée nationale au plus tard le 6 octobre. Et là, la vraie aventure commence. La majorité est introuvable. Les premières réactions des groupes parlementaires laissent présager des débats houleux cet automne — chaque camp ayant ses propres lignes rouges sur les retraites, les allocations ou la fiscalité des entreprises.
L’an dernier, la première partie du PLF 2026 avait été rejetée par 404 voix contre 1 lors du vote solennel du 21 novembre 2025. Le gouvernement avait ensuite utilisé le 49.3 pour le faire passer. Dans six mois, il y a une présidentielle. La tentation du 49.3 sera forte — même si Lecornu a annoncé vouloir s’en passer, sous condition d’absence d’obstruction. La légitimité politique de l’exercice, elle, sera encore plus contestée qu’habituellement.
Tout cela me rappelle la Grèce, l’Italie, l’Espagne et le Portugal. On connaît la mécanique : des pensions et des prestations sociales qui ne suivent plus l’inflation, des taxes présentées comme temporaires. Des efforts jugés nécessaires, raisonnables, provisoires. Puis d’autres. Puis d’autres encore. « Temporaire » est un mot qui a une histoire.
Et puis il y a une mesure qui en dit long sur l’état de nos finances — et sur le rapport que l’État entretient désormais avec l’épargne des Français. Parmi les pistes évoquées dans le PLF 2027 figure une mesure visant à accélérer le transfert à l’État des fonds dormant sur les comptes bancaires inactifs, actuellement gérés par la Caisse des dépôts et consignations. Pour mémoire : depuis la loi Eckert de 2014, les établissements financiers transfèrent à la CDC les comptes inactifs depuis 10 ans. Ces fonds y restent disponibles pendant 20 ans — récupérables via le portail Ciclade — avant d’être définitivement versés à l’État. Fin 2025, la CDC gérait ainsi 7,87 milliards d’euros de comptes oubliés. C’est l’argent de Français qui ont ouvert un livret, une assurance-vie, un compte courant — et que leurs héritiers ou eux-mêmes n’ont pas réclamé. Le gouvernement prévoit de raccourcir ce délai pour en récupérer une partie plus tôt. Le montant en jeu est modeste à l’échelle des 54 milliards. Mais le symbole, lui, est fort : quand on manque d’argent, on finit par aller chercher jusque dans les comptes oubliés.
Je n’attends pas une solution politique à nos problèmes économiques. Je l’ai déjà dit dans ces colonnes, et je le répète : les solutions doivent être personnelles. Ce budget confirme la trajectoire — des coupes, de l’effort, mais pas de vision structurelle sur la croissance, la compétitivité ou le financement à long terme du modèle social. On gère l’urgence. On ne règle pas le fond.
Ce que les tableaux de Bercy disent — sans filtre
Voici les trois tableaux transmis par le gouvernement dans son document « Chiffres clés PLF 2027 », pages 4, 5 et 6. J’en reprends les chiffres et précise les périmètres. Je commente en dessous.

Première ligne qui appelle des explications : la TVA. Le tableau prévoit 107 milliards d’euros pour l’État en 2027, contre 99,7 milliards en 2026 révisé : 7,3 milliards supplémentaires, soit +7,3 %. Ces projections me paraissent fantaisistes tant le rebond annoncé demande à être justifié. Il faut toutefois distinguer les mécanismes : une partie de cette hausse vient de moindres transferts de TVA, notamment 2 milliards d’euros que l’État ne verserait plus aux collectivités. Et devinez où votre ville pourrait chercher à compenser une partie du manque à gagner si ses ressources diminuent ? Sur votre taxe foncière, notamment. Ce ne serait pas automatique : chaque collectivité devra arbitrer entre fiscalité, dépenses et investissements. Pour juger le reste de la prévision, il faut isoler les changements d’affectation, les mesures fiscales et les recettes attendues de l’activité économique. Avec une croissance de 1 % déjà jugée optimiste par le Haut Conseil, je reste très sceptique sur les recettes de TVA sur l’année 2027.
Une autre ligne mérite une attention particulière dans ce tableau. Les recettes non fiscales s’effondrent de 33,6 milliards en 2026 révisé à 16,7 milliards en 2027 — soit −16,9 milliards en un an. C’est la ligne que personne ne commente. Et elle explique en grande partie le creusement du déficit de 137 à 156 milliards. Pourquoi cette chute ? En 2026, les recettes non fiscales ont été gonflées par des éléments exceptionnels : d’abord 3,2 milliards de cessions de participations réalisées par l’Agence des participations de l’État (APE) — cinq opérations de cessions dont les détails restent confidentiels selon le rapport du Sénat ; ensuite des amendes et sanctions exceptionnelles, notamment dans le secteur financier et numérique — les amendes de la CNIL et les sanctions réglementaires ont gonflé cette ligne ; enfin des dividendes versés par des entreprises publiques à des niveaux inhabituellement élevés. En 2027, ces recettes exceptionnelles disparaissent. Il ne reste que les dividendes courants — environ 2,3 milliards selon l’APE — et les recettes habituelles du domaine de l’État. La différence est de près de 17 milliards. C’est ce que le gouvernement comptait encaisser une fois en 2026 et ne peut pas recompter en 2027. Comme une prime exceptionnelle qu’on n’a touchée qu’une fois — et dont on a oublié de prévenir les équipes que ça ne se reproduirait pas.
Un dernier chiffre que le gouvernement n’a pas mis en titre. Avec ce budget, la dette publique atteindra 121,7 % du PIB en 2027. Elle était à 117,5 % au premier trimestre 2026. Autrement dit : après 54 milliards d’effort, après le gel des retraites, des APL, de la prime d’activité, après la mise à contribution des collectivités et des fonctionnaires — la dette continue de grimper. Les dépenses publiques passent de 57,1 % à 56,9 % du PIB. Zéro virgule deux point. Pendant ce temps, les retraites progressent spontanément de 14 milliards par an sous l’effet du vieillissement, la santé de 6 milliards, et la charge de la dette de +13,6 milliards supplémentaires en 2027 — de 59,3 à 72,9 Mds€ selon le PLF. On taille dans les APL pour compenser des hausses structurelles que personne ne contrôle. C’est un coup d’épée dans l’eau. Un budget qui court pour rester sur place.
Et ces 59,3 puis 72,9 milliards sont eux-mêmes sous-estimés. Ces chiffres correspondent au seul périmètre budgétaire strict de l’État — les deux programmes « Charge de la dette et trésorerie de l’État » et « Charge de la dette de SNCF Réseau reprise par l’État ». Ils n’incluent pas les intérêts payés par les collectivités territoriales sur leur propre dette, ni ceux de la Sécurité sociale, ni ceux des opérateurs de l’État. En périmètre toutes administrations publiques — le vrai coût total de l’endettement public français — la charge d’intérêts dépasse les 79 milliards en 2026 selon les projections budgétaires. C’est pourquoi comparer les 59,3 milliards affichés dans le tableau à la charge réelle de la dette française induit en erreur. Bercy présente le chiffre qui lui est le plus favorable. Il est exact. Il est incomplet.
Et pendant que Bercy présente ses tableaux, l’OAT à 10 ans frôlait les 5 % hier matin — des niveaux que la France n’avait pas connus depuis le début des années 2000. Le marché écoute. Et le marché, lui, ne sera pas convaincu par un communiqué de presse.
Ionès Jaoulane
Sources
- MoneyVox avec AFP, 1er oct. 2026, 11h05 : hausse prévue de la TVA nette de l’État, en partie liée à de moindres transferts, dont 2 Md€ aux collectivités · https://www.moneyvox.fr/actu/110599/budget-2027-le-gouvernement-prevoit-des-recettes-en-hausse-sur-la-tva-et-impot-sur-le-revenu
- Lecornu, Le Figaro, 17 sept. 2026 : « effort budgétaire d’environ 54 milliards », déficit « tutoierait les 6,5 % du PIB », « aucune pension ne diminuera » · lcp.fr/actualites/budget-2027-les-retraites-mis-a-contribution
- INSEE — dette publique T1 2026 : 3 536,1 Mds€ / 117,5 % du PIB · informations rapides n°158, 25 juin 2026 · insee.fr
- Cour des comptes — rapport sur la situation et les perspectives des finances publiques, 25 juin 2026 · ccomptes.fr
- AFP / Brut Media, 19 sept. 2026 : abattement 10 % retraites plafonné à 3 000 € (vs 4 439 €), rendement 1,4 Md€ · brut.media · moneyvox.fr/retraite/actualites/110434
- LégiFiscal, 30 sept. 2026 : PLF 2027 — abattement 10 % retraites à 3 000 € · legifiscal.fr/actualites-fiscales/4642
- MoneyVox, 1er oct. 2026, mis à jour à 16h44 : sous-indexation dès 1 260 €, seuil supérieur de 2 000 € avec lissage jusqu’à 2 034 €, taux à préciser par décret, sous réserve d’adoption du PLFSS · https://www.moneyvox.fr/retraite/actualites/110604/retraites-seuils-de-1-260-euros-a-2-034-euros-ce-qui-est-prevu-pour-la-hausse-de-janvier-2027
- LCP, 17 sept. 2026 : « les retraités mis à contribution » · lcp.fr/actualites/budget-2027-les-retraites-mis-a-contribution-441683
- Farandou, Challenges, 30 sept. 2026 : déficit Sécu 12,7 Mds en 2027 vs 21,8 Mds en 2026 (cité par Boursorama, 1er oct. 2026) · boursorama.com
- Presse Economie.gouv.fr — conférence de presse PLF/PLFSS 2027, 1er oct. 2026, 8h30 · presse.economie.gouv.fr/?p=184537
- Franceinfo — direct budget 2027, 1er oct. 2026 : frais inscription BTS 178 €, prépa 270 €, gel allocations (non vérifié directement) · franceinfo.fr
- Agence France Trésor — TEC 10 : 4,48 % le 14 sept. 2026 · abcbourse.com/analyses (cit. AFT)
- CyrilJarnias.fr — charge d’intérêts 2026 : 64,8 Mds€ (périmètre État), 78 Mds€ (périmètre dette publique) · cyriljarnias.fr/?p=20373 et /?p=20344
- Boursedirect / AFP, 1er oct. 2026 : gel point d’indice fonctionnaires (2 Mds€), surtaxe grandes entreprises à 5 Mds€, effort ministère du Travail 2,5 Mds€ · boursedirect.fr
- Datan.fr / LCP — rejet PLF 2026 première partie, 21 nov. 2025, 404 voix contre 1 · datan.fr/votes/legislature-17/vote_4241
- Boursorama, 1er oct. 2026 : Lecornu souhaite se passer du 49.3 « sous condition d’absence d’obstruction » · boursorama.com
- Légifrance — Montchalin nommée première présidente Cour des comptes à compter du 23 févr. 2026 · legifrance.gouv.fr
- PLF 2027 — document officiel complet, 147 pages, présenté en Conseil des ministres le 1er oct. 2026 : indemnités de rupture (plafond 50 000 €, p.10), précompte cotisations plateformes (p.31), transparence retraites fonctionnaires (p.32), FCTVA verdi (p.28), taxe produits sucrés transformés (p.25), seuils retraites 1 260 € et 2 000 € (p.20), mécanisme mise en conformité fiscale (p.8)
- Huffington Post / AFP, Marie Haynes, 1er oct. 2026 : prélèvement exceptionnel 17 % sur avoirs CDC, rendement 1,4 Md€, restitution garantie aux ayants droit · huffingtonpost.fr/politique/article/333643 · Caisse des dépôts — 7,87 Mds€ gérés fin 2025, 758 000 comptes transférés en 2025 (671 M€) · Loi Eckert n°2014-617 du 13 juin 2014
- Grèce : imf.org — mémorandum début mai 2010, programme d’ajustement · EUR-Lex — mesures fonctionnaires (réduction 30 % des primes de Noël, Pâques et été) · ires.fr, chronique internationale n°153, gel pensions 2010-2013
- Hollande/Valls 2014 : gel retraites de base avril → oct. 2014, PLFRSS 2014 · toutsurmesfinances.com/retraite/le-gel-des-pensions-de-retraite-en-10-questions.html

