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Cher lecteur,

Il y a quelques jours, ma collègue Charlotte passe dans mon bureau et me dit : « Ionès, prends des vacances, tu as vraiment l’air fatigué. »

Je lui réponds que les vacances ne seront pas pour demain. Je travaille sur l’impact de la crise grecque sur sa population – un sujet long et fastidieux. La presse n’a pas tout dit, et je cherche à comprendre la responsabilité réelle des politiques, ainsi que les parallèles possibles avec la situation actuelle de la France.

Dans la foulée, je lui montre mon écran sur lequel j’épluche le projet de loi de finances grec, un an avant qu’elle rentre en crise.

Elle regarde une seconde le document ci-dessus, puis me dit avec un sourire : « Ionès, tu es ravagé. »

Votre serviteur ravagé poursuit donc ses recherches, et je vous donnerai prochainement ici mes conclusions. Je peux déjà vous reconfirmer que la situation budgétaire actuelle de notre pays ressemble de plus en plus à celle de la Grèce avant qu’elle ne bascule.

Athènes, novembre 2007.

Moins de deux ans avant la crise de la dette grecque, George Alogoskoufis, ministre de l’Économie, présente le budget 2008 accompagné d’une lettre de présentation. Le ton est triomphant : « Le budget de l’État 2008 s’appuie sur les progrès constants enregistrés par l’économie grecque depuis 2004. »

Aucune alerte, aucun conditionnel, aucun scénario de crise. Le ministre revendique une réduction spectaculaire du déficit, une dette en recul, une transparence restaurée, des réformes engagées et une croissance parmi les plus fortes de la zone euro. Le récit est clair : le pays est guéri.

Le budget 2008 est présenté comme l’entrée dans une « deuxième phase de consolidation budgétaire », avec un objectif affiché : des budgets équilibrés d’ici 2010.

Un an plus tard, l’édifice commençait à s’effondrer. Relu après 2010, ce document n’apparaît plus comme une simple erreur d’appréciation, mais comme un véritable document d’accusation historique montrant comment un État peut – en toute bonne foi apparente – présenter comme sain un système déjà profondément fragilisé.

Le déni officiel précède toujours la crise. Toujours.

Et nous sommes actuellement dans cette période de déni qui précède un chaos de plus en plus proche.

En France, le budget 2026 a été définitivement adopté, après le rejet des deux dernières motions de censure. Aucune baisse significative des dépenses, aucun changement structurel, une continuité parfaite du non contrôle de la dépense publique. À noter que Bercy prépare déjà le budget 2027, qui nécessitera, sur le papier, un effort de réduction du déficit deux fois plus important que celui annoncé pour 2026.

Pendant ce temps, nos politiques transforment de mauvaises nouvelles en bonnes.

Sur le papier. On nous parle de pilotage « strict » des dépenses, de gestion maîtrisée, d’efforts historiques.

La réalité est tout autre : au 31 décembre 2025, les dépenses du budget général s’élèvent à 441,2 milliards d’euros, contre 443,4 milliards un an plus tôt. Une variation marginale qui ne change rien à la trajectoire de fond.

Les recettes, elles, augmentent surtout grâce à la hausse des prélèvements fiscaux.

Et bien entendu, cette communication du gouvernement n’intègre pas le déficit croissant de la Sécurité sociale. En déficit pur — recettes moins dépenses — la situation restera aussi dramatique à celle de l’année précédente.

L’État ne se désendette pas. Il ralentit à peine sa trajectoire d’endettement. Comme la Grèce avant sa chute…

On nous parle également d’un record de créations d’entreprises en 2025.

Formidable, nous dit Sébastien Lecornu. Dans les faits, il s’agit très majoritairement d’auto-entrepreneurs – c’est-à-dire de personnes qui, faute de trouver un emploi stable, se lancent dans une activité indépendante générant peu de recettes fiscales et sociales.

Ces « entreprises » ne collectent souvent pas de TVA, paient peu de cotisations et contribuent très faiblement au financement du modèle social. Ce n’est pas un indicateur de vitalité économique, c’est d’après moi un indicateur de précarisation du marché du travail. Dans le même temps, on observe un nombre record de faillites d’entreprises. Sur ce point, le silence est remarquable de la part du gouvernement.

Vous remarquerez que les aides massives distribuées pendant la période COVID ont permis de maintenir artificiellement en vie des entreprises qui, dans un environnement économique normal, auraient dû disparaître en 2020 ou 2021. Cet argent du plan « quoi qu’il en coûte » est définitivement perdu et une partie des faillites actuelles correspond au rattrapage de cette période.

La crise grecque n’a pas commencé le jour de la faillite. Elle a commencé au moment précis où les responsables politiques mentaient aux citoyens en expliquant que tout allait bien, que les comptes étaient maîtrisés, que la situation était sous contrôle. C’est exactement cette phase que nous traversons aujourd’hui. Le discours officiel parle de maîtrise, les chiffres montrent un immobilisme dangereux, les réformes structurelles sont repoussées et la communication prend le pas sur le réel. Je ne fais pas ici une prédiction, je dresse un constat.

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