Le plafond du Livret A va passer de 22 950 € à une somme comprise entre 25 000 € et 30 000 € en février. Pour l’épargnant, c’est une bonne nouvelle. Pour l’État, qui emprunte près de 5 % sur les marchés, c’en est une meilleure encore.
Commençons par une bonne nouvelle, ce n’est pas si fréquent dans cette chronique. Sébastien Lecornu a annoncé cette semaine que le plafond du Livret A serait relevé en février, dans une fourchette « entre 25 000 et 30 000 € ». Le plafond actuel, 22 950 €, n’avait pas bougé depuis 2013.
Bonne nouvelle, enfin… pas au taux actuel de 1,7 %, quand l’inflation atteignait 3,1 % sur un an en septembre. Mais le taux sera révisé le 1er février, et la formule de calcul, poussée par l’inflation, devrait le porter aux alentours de 2,5 %. Net d’impôts et de prélèvements sociaux. Ce n’est pas fou, mais on prend.

Pourquoi relever le plafond du Livret A maintenant ?
Le gouvernement présente la mesure comme un moyen d’orienter l’épargne des Français vers des investissements publics, notamment l’adaptation des bâtiments publics au climat et la rénovation des lycées. On se souvient des 4 milliards d’euros de prêts à taux préférentiel promis aux régions la semaine dernière, en réponse au mouvement lycéen. Ces prêts, il faut bien les financer.
Regardons les choses en face. Quand l’État emprunte à dix ans à un taux proche de 5 %, une enveloppe d’épargne rémunérée 2,5 % et plus largement ouverte fait office d’emprunt national. Oui, c’est précisément ce dont on parle depuis quelque temps dans ces colonnes. Mais là, ça passe comme une lettre à la poste : personne ne refuse un plafond plus haut sur un placement garanti.
Est-ce risqué ?
Oui et non. Non, parce que votre Livret A est garanti par l’État et disponible à tout moment. Oui, parce que cette garantie ne vaut que ce que vaut le garant. Et le garant, c’est précisément l’État dont nous décrivons ici, semaine après semaine, la situation financière.
Si vous lisez cette chronique, vous saurez le moment venu quand il faudra vider vos livrets. Nous n’y sommes pas encore, et vous aurez le temps d’agir. En attendant, préparez-vous à remplir votre Livret A en février, le temps que les marchés financiers offrent des soldes sur quelques thématiques d’investissement.
Le monde nous regarde
Et ce n’est pas toujours avec bienveillance.
Aux États-Unis, la campagne des élections de mi-mandat s’est achevée avec un épouvantail inattendu : nous. Donald Trump et les républicains ont fait des violences en France l’un de leurs derniers arguments de campagne. Jusque sur le bord des routes de Virginie…

Panneau électoral photographié à Culpeper, en Virginie
« Ne laissez pas l’Amérique devenir la France. Votez républicain. »
Lunaire… Mais cela prouve une chose : le monde regarde ce qui se passe chez nous. Les investisseurs qui achètent notre dette aussi.
5 novembre : la rue a parlé, les casseurs aussi
Hier, jeudi 5 novembre, l’intersyndicale appelait à une journée de grève et de manifestations contre la hausse du coût de la vie, en soutien au mouvement lycéen et étudiant et aux services publics. Ils étaient 575 000 selon le ministère de l’Intérieur, près de 1,6 million selon la CGT. Plus que le 17 octobre (550 000 selon le ministère). Une mobilisation massive et des cortèges déclarés qui se sont « globalement bien déroulés », reconnaît le ministère lui-même.
Et, en marge, de nouvelles violences. Selon le bilan provisoire du ministère, 448 interpellations, 53 policiers et gendarmes blessés et 86 interventions pour des incendies. À Lyon, des groupes radicaux ont visé les forces de l’ordre avec des projectiles et des mortiers d’artifice ; des commerces ont été dégradés et une voiture incendiée. À Rennes, les casseurs s’en sont pris aux forces de l’ordre et même à des syndicalistes.
Je m’apprêtais à vous faire une prédiction sans grand risque : le gouvernement allait paniquer et sortir le carnet de chèques. Je n’ai pas eu le temps de l’écrire. Hier soir, Matignon annonçait une « conférence sociale » lundi avec les syndicats et le patronat, sur les salaires et le pouvoir d’achat. La CGT réclame 10 % de hausse du Smic, la CFDT 100 € de plus par mois. Ce n’est pas encore un chèque. Mais on connaît la chanson : le gouvernement l’a déjà jouée il y a dix jours, face au mouvement lycéen, après les violences du 17 octobre.
C’est triste à dire, mais il faut l’avouer : le gouvernement a plus peur de quelques milliers de casseurs que de millions de Français qui manifestent pacifiquement. C’est un constat. Ces dernières années, dès qu’il y a beaucoup de casse et de violences, le gouvernement panique et sort le carnet de chèques. Avec un État qui emprunte à près de 5 %, chaque chèque est signé à crédit.
Aussi cette semaine
- Le budget patine toujours. Le vote sur les recettes du budget de l’État, prévu mardi 3 novembre, a de nouveau été reporté : 758 amendements restaient à examiner lundi soir. L’Assemblée a jusqu’au 17 novembre à minuit pour se prononcer sur l’ensemble du texte.
- La croissance recule. Le PIB a baissé de 0,1 % au troisième trimestre, après une stagnation au deuxième, selon l’Insee. Les exportations ont chuté de 1,7 %.
Ionès Jaoulane
Sources :