Skip to main content

Cher lecteur,

Avec la guerre en Iran, la France se retrouve aujourd’hui à marcher sur un fil budgétaire, et presque personne ne s’en rend compte. Pendant que les médias commentent le fait que cette guerre a pour principal impact financier de faire passer le litre d’essence au-dessus des 2 €, un autre sera beaucoup plus dévastateur pour nos finances publiques.

Cela concerne notre dette dont le taux est indexé sur l’inflation.

L’encours de dette indexée sur l’inflation représente 12,2 % du stock total de dette de moyen et long termes de l’Etat français.

A la fin du mois d’août 2025, l’Etat avait un encours de 302 Mds€ d’obligations indexées sur l’inflation, dont près de 78,1 % sont liées à l’inflation européenne (OAT€i). Les 21,9 % restants sont indexés sur l’inflation française (OATi).

Cela signifie qu’une partie de la charge de notre dette échappe à tout contrôle en cas de choc inflationniste…

Qu’est-ce qu’une obligation indexée sur l’inflation ?

Pour comprendre le risque, il faut d’abord savoir ce qu’est une obligation indexée sur l’inflation. Contrairement à une obligation classique dont le montant des intérêts est fixe, une obligation indexée varie en fonction de l’inflation.

Concrètement :

  • le capital investi et/ou les coupons versés augmentent automatiquement avec l’inflation mesurée par un indice officiel (en France, l’INSEE pour les OATi, ou l’IPCH européen pour les OAT€i) ;
  • cela protège les investisseurs contre la perte de pouvoir d’achat due à la hausse des prix, mais transfère directement le risque inflationniste à l’Etat ;
  • plus l’inflation est forte, plus l’Etat doit verser d’argent pour honorer ses obligations. Et si l’inflation dépasse largement les prévisions, ces obligations peuvent augmenter les charges budgétaires de plusieurs milliards d’euros en quelques mois.

En résumé : une obligation indexée sur l’inflation est un filet de sécurité pour l’investisseur, mais un risque mécanique pour l’Etat, car chaque point supplémentaire d’inflation se traduit par une facture immédiate.

Jusqu’ici, le gouvernement tablait sur une inflation modérée dans son projet de loi de finances 2026, +1,5 % pour la France et +2,0 % pour la zone euro. Il a donc provisionné dans son budget 5,8 Mds€ pour rémunérer ses créanciers.

Annexe projet loi de finances 2026

Source : Projet annuel de performances Annexe au projet de loi de finances pour 2026

Mais les signaux venant du monde réel ne respectent pas toujours les prévisions idéales de nos planificateurs. La guerre en Iran, la hausse des prix de l’énergie, la hausse des matières premières essentielles à l’économie et la chute de l’euro face au dollar forment un cocktail inflationniste explosif.

La conséquence ? L’inflation réelle pourrait facilement atteindre 3 %, voire 5 %, en cas de choc pétrolier avec un blocage du détroit d’Ormuz qui viendrait à se prolonger, paralysant le transit de marchandises vitales, impactant non seulement le pétrole mais aussi les engrais et d’autres matières premières essentielles au fonctionnement de l’économie européenne.

La mécanique de la dette indexée transforme ces risques géopolitiques en charges budgétaires directes pour l’Etat. Chaque point d’inflation supplémentaire sur l’encours total (302 Mds€) représente 3 Mds€ de coûts supplémentaires, uniquement pour l’effet d’indexation.

Nos politiques sont impuissants

La France pourrait agir légèrement pour calmer le jeu sur l’inflation domestique – et donc sur les OATi –, mais elle demeure spectatrice sur l’OAT€i.

Avec 78,1 % des titres indexés sur l’inflation européenne, elle se retrouve complétement impuissante face à ce choc externe : les OAT€i augmenteront mécaniquement la charge de la dette, quels que soient les efforts du gouvernement pour maîtriser l’inflation domestique.

Un rappel de l’histoire récente

Le choc inflationniste de 2022, accentué par la guerre en Ukraine, a entraîné un surcoût d’environ 30 Mds€ pour les OATi et OAT€i, montrant à quel point ces titres sont sensibles aux variations de l’inflation.

évolution inflation

Le scénario que le gouvernement fait semblant de ne pas voir

Si l’inflation atteignait 4 % en France et 6 % en zone euro, le surcoût s’élèverait à 11 Mds€, sans compter les effets secondaires sur la dette à taux fixe, les dépenses sociales dont une partie bénéficie d’une revalorisation automatique sur l’inflation et les taux d’intérêt des nouvelles émissions. Pour vous le mettre en perspective car on peut s’y perdre avec tous ces milliards qui semblent de plus en plus abstraits ; 11 Mds€, c’est le budget du ministère de la Justice, plus de 600 € par foyer fiscal qui paie l’impôt sur le revenu ou encore 13 % du total des recettes de l’impôt sur les sociétés.

Le tableau ci-dessous montre, dans la section orange, le surcoût pour l’Etat en milliards d’euros en cas de choc inflationniste de seulement 0,5 % au-dessus des prévisions inscrites dans le budget 2026.

choc inflation dette

Les projections d’inflation du gouvernement pour 2026 sont à présent obsolètes, loin de tenir compte d’un choc externe majeur comme celui qui nous sommes en train de vivre actuellement avec des prix de l’énergie qui flambent et un euro qui se déprécie par rapport au dollar.

Les marchés financiers ne l’ont pas encore pleinement intégré. Les chiffres officiels de l’inflation sont encore stables, mais dès que les relevés montreront une inflation dépassant les prévisions du gouvernement, la mécanique comptable transformera l’ombre de cette dette en réalité visible, et la France pourrait connaître un choc budgétaire majeur. Pour le grand public, les médias et la majorité du monde politique, ce danger reste pour l’instant invisible.

En résumé, la France est sur un fil, suspendue entre des obligations qu’elle ne peut contrôler et des facteurs externes qui échappent à son contrôle. Macron le sait, et le pays pourrait être mis à genoux lorsque le choc se matérialisera. Ce n’est pas une spéculation : c’est une vulnérabilité structurelle supplémentaire liée à la mauvaise gestion de notre pays qui n’est pas encore inscrite dans nos comptes publics, mais qui apparaîtra au grand jour dans les prochains mois…

Ionès Jaoulane

Laisser un commentaire