Le montant des crédits à risques des banques italiennes a bondi de 41 à 126 milliards d’euros en quatre ans

Les ennuis de l’Espagne et de l’Italie sont loin d’être terminés. Les banques italiennes seraient contraintes de passer 21 Mds euros de provisions pour pertes. Sachez aussi que les banques françaises sont très impliquées en Italie, comme le montrent les travaux de mon collègue Mory Doré sur la santé des banques françaises.

Le marché interbancaire européen reste gelé et les banques sont toujours dépendantes des prêts à long terme de la Banque centrale européenne.

La confiance continue à régner puisque les taux ne monte pas, officiellement. Le rachat des mauvaises créances les empêche de monter. Mais plus la croissance tarde à revenir, plus la confiance va s’effriter.

Le système financier actuel repose sur trois choses :

  • La croissance du crédit, qui est en panne.
  • La confusion entre la volatilité (incertitude sur la valeur de quelque chose) qui est quantifiable et le risque qui par essence même ne l’est pas.
  • La confiance dans ce système, qui subsiste.

Il n’y a pas de bouton « Arrêt » à la planche à billets

« Arrêt » ou « Off » : c’est une option qui n’existe pas sur les imprimantes de fausse monnaie. C’est le sens du discours d’Helicopter Ben.

Le titre des Echos « Bruxelles demande à l’Italie de poursuivre ses efforts de désendettement  » veut dire que le stock de dettes de l’Italie doit diminuer. Donc qu’il faut rembourser. C’est un peu nouveau, car d’habitude on disait qu’il suffisait que la dette ne grossisse plus (moins de déficit), ou moins vite.

Bien sûr, rembourser est totalement illusoire puisqu’on a du mal à stabiliser (Italie) ou faire grossir moins vite (France).

Ce sera pareil en Europe qu’aux Etats-Unis, même si Angela en avale son casque à pointe (qu’elle n’a pas) : la planche à billets ne va pas s’arrêter, sinon l’euro explose en vol. Mario Draghi a acheté du temps avec les OMT (une planche à billets un peu plus discrète que celle de Ben). Le sable du sablier s’écoule et il ne se passe rien… Donc il faudra acheter encore plus de temps. On va grossir le sablier.

La dislocation de l’euro revient à l’ordre du jour

L’Italie a dit non :

  • Non aux technocrates
  • Non à l’élite politique
  • Non aux sacrifices pour rembourser une dette dont les Italiens ne se sentent pas responsables

M. Le Marché s’angoisse. Si la troisième économie d’Europe joue les trublions tandis que l’Espagne s’enfonce et que la France entend vivre éternellement au-dessus de ses moyens, cela augure mal des créances que M. Le Marché détient.

Voyez-vous M. Le Marché n’est pas si difficile à comprendre. Il détient de la dette souveraine et il voudrait bien qu’on la lui rembourse. Il n’est pas très exigeant car il il s’accommode d’un peu de planche à billets. Imprimer pour sauver Bankia ou la Grèce, ça ne le dérange pas trop.

Si on vous doit 1 Mds euros, et qu’on vous glisse quelque milliers d’euros en faux billets, ce n’est pas un drame. Il faut bien accepter quelques concessions pour éviter le pire, n’est-ce pas ? Il n’y a que dans les films de Mafia dans lesquels une liasse de faux billets en papier journal glissé dans la mallette déclenche une fusillade autour du Capo.

Bien sûr, ceci n’est que le raisonnement de M. Le Marché qui a une mémoire de poisson rouge et saura toujours très bien refiler la liasse de faux billets. Chez les gens ordinaires, on sait très bien que lorsque l’impression de fausse monnaie commence, elle ne s’arrête plus. Les gens ordinaires se retrouvent avec la monnaie dévaluée dans les mains sans avoir pu en tirer aucun profit.

Les électeurs italiens ont montré qu’ils n’étaient pas vraiment chauds bouillants pour rembourser. Si on vous doit 1 Mds euros et qu’on vous glisse 200 M euros de faux billets, ça se voit.

N’oubliez pas que sans la charge de sa dette, le budget de l’Italie se tient, le pays n’a pas de déficit. Le déficit ne sert qu’à payer les intérêts. Certes, envoyer bouler ses créanciers ne serait pas sans douleur et causerait probablement une violente récession, mais c’est tellement tentant. C’est ce qu’a fait l’Islande qui ne s’en porte pas plus mal ! C’est exactement ce que dit le vote de l’Italie à M. Le Marché. Nous risquons de ne plus entendre parler des problèmes de l’euro fort avant un moment.

Et en Espagne, ça chauffe aussi. Voici un article limpide sur les 19 Mds euros de Bankia et ce que cela signifie pour l’immobilier en Espagne, l’Espagne et la survie de l’Europe : Alerte la situation des banques espagnoles est encore plus grave que ce qu’il n’y paraît pour la zone euro.