La Banque centrale européenne se remet à imprimer

L’intervention de Draghi épate les marchés nous dit le Financial Times.

Imaginez quatre hommes politiques, nous appellerons le premier M. Laissez-Faire, le second M. Austérité, le troisième M. Affairiste et le troisième M. Populiste.

Ces trois hommes politiques affrontent une crise économique. Il y a eu trop de crédits, trop d’investissements pas aux bons endroits. Du coup, des entreprises sont en faillite, le chômage monte. La faillite est un processus normal d’assainissement et en principe les filets sociaux permettent au chômeur de surmonter cette mauvaise passe.

Mais n’oubliez pas, nous avons des hommes politiques, il faut qu’ils agissent.

M. Laissez-Faire

« Cette crise est le résultat d’une bulle de crédits. Nous avons trop dépensé à titre collectif et individuel. Il faut laisser les faillites assainir tout ça pour pouvoir repartir rapidement du bon pied.  Pour éviter à l’avenir de tels accidents, je suggère de revenir à un système monétaire sain dans lequel tout prêt serait adossé à une épargne déjà existante. Cela nous éviterait de dépenser stupidement l’argent du futur et de compromettre l’avenir de nos enfants. Les dégâts de nos erreurs seraient ainsi limités. ».

M. Austérité

« Le contexte économique n’est pas bon, mais comme le dit Mamie Macron je ne peux adoucir les maux des plus faibles qu’en redistribuant ce que j’ai et non ce que je n’ai pas. Mes rentrées fiscales vont diminuer, il va donc falloir s’entendre rapidement  pour savoir qui assister pour surmonter cette mauvaise passe et couper dans les dépenses inutiles ».

M. Affairiste

« Tout va s’arranger si vous me laissez imprimer de l’argent, empêcher les banques de faire faillite. Les banques accorderont plus de crédits aux entreprises qui embaucheront et la machine va repartir comme avant ».

M. Populiste

« La Finance sans visage (mais qui a de grandes dents) s’est goinfrée avec une bulle de crédit. A votre tour d’en profiter. Imprimons de l’argent et nous allons vous le distribuer directement ; l’économie va repartir puisque tout le monde aura de l’argent à dépenser. »

Je vous laisse imaginer qui aura le meilleur score aux prochaines élections.

Mario Draghi œuvre pour M. Affairiste.

Qu’a-t-il fait ?

  1. Il a baissé le taux de refinancement (ou taux directeur). Ceci baisse le prix de l’argent  que les banques commerciales empruntent à la Banque centrale. Inversement, la Banque centrale punit les banques commerciales si elles veulent déposer de l’argent en leur appliquant dans ce cas un taux négatifs, c’est à dire en leur demandant de l’argent.
  2. Il va racheter des crédits titrisés que les banques conservent. Il s’agit de crédits subprime à l’européenne : des crédits pourris adossés à de l’immobilier, des prêts automobiles. La Banque centrale européenne se transforme en bad bank de l’Europe du Sud.

Les Allemands (qui préfèrent M. Austérité vu qu’ils ont déjà donné pour M. Populiste et qu’ils se sont serrés la ceinture pour leur réunification) toussent.

Du coup, M. Mario Draghi assure que tout ceci ne doit pas faire oublier les réformes.

Mais il va y avoir de l’eau dans le gaz dans l’Union européenne. Les Allemands ont toujours dit « on veut bien payer SI vous vous réformez sinon c’est nein ». Et certains sont à la traîne, les regards se tournent vers la France (et l’Italie) dans laquelle certains pensent « piquons plutôt le pognon des Allemands ce qui nous permettra de faire l’impasse sur les réformes vu que le modèle social français est intouchable ».