Oui, l’austérité tue l’économie de la dette. Non, l’austérité ne tue pas la croissance

L’OFCE met en garde contre un nouveau plan de rigueur en 2013
http://www.lemonde.fr/economie/article/2012/10/18/ofce-il-n-y-aura-pas-de-sortie-sans-douleur-de-la-crise_1777103_3234.html

Pour l’OFCE, comme pour beaucoup,  l’austérité tue la croissance. Donc l’austérité, ce n’est pas bon et il faut l’abandonner.

C’est bien ce que pensent les manifestants de plus en plus nombreux en Grèce, en Espagne, …
En France, c’est ce que pense aussi l’OFCE, observatoire français des conjonctures économiques qui a pour mission selon le décret du 11 février 1981, « d’étudier scientifiquement et en toute indépendance la conjoncture de l’économie française, ses structures et son environnement extérieur, notamment européen, d’effectuer des comparaisons avec les économies étrangères, de formuler dans la mesure où il l’estimera possible, des prévisions économiques, à court, moyen et long terme ».

« L’obstination des gouvernements à réduire le déficit débouche sur une spirale de rigueur et de récession » affirme l’Observatoire français des conjonctures économiques. http://www.economiematin.fr/eco-digest/item/1944-previsions-croissance-france-2013-ofce

Poussons le raisonnement. L’austérité entraîne la récession. Donc il faut continuer à dépenser plus que ce qu’on a (le déficit) ce qui permet d’éviter la récession. Pour continuer à dépenser plus que ce qu’on a, il faut continuer à s’endetter (la dette publique). Sinon comment trouver l’argent ? Pour continuer à s’endetter, il faut trouver des prêteurs (les marchés ou des épargnants).

Souvent, pour conclure qu’un raisonnement est biaisé, il suffit de voir où nous mène la limite, exactement comme en mathématique. Si la limite nous emmène vers l’absurde ou un résultat indésirable, quelque chose cloche. Ici la limite nous emmène au déficit perpétuel et à la dette illimitée. Les marchés et les épargnants ont des ressources illimitées. Pas possible, me direz-vous ? Donc il doit y avoir un problème.

Le problème est dans le mot « croissance ».

La croissance est officiellement mesurée comme l’évolution du PIB d’un pays. Le PIB est le reflet de la production d’un  pays. Plusieurs méthodes de calcul existent. Mais elles ont toutes en commun d’additionner  des dépenses (ou des revenus) dont certaines sont financées par le déficit (et donc l’emprunt).

Dans le PIB de chaque année rentre le déficit de chaque année. Donc vous pouvez obtenir de la « croissance » par la croissance du déficit.

Rapporté à l’échelle domestique, voilà ce que ça signifie :

  • 2011   vous avez  90 de salaire et 10 de crédit à la consommation. Vous dépensez 100. Votre « PIB » est de 100.
  • 2012   vous avez 90 de salaire et 20 de crédit à la consommation. Vous dépensez 110. Votre « PIB » est de 110.

Votre croissance est donc de 110/100, soit 10 %.

En revanche, si en 2012 vous avez toujours 100 de salaire mais que vous réduisez votre recours au crédit à la consommation de 10 à 5, votre « PIB » est de 95. Ô horreur, vous êtes en dépression de 95 / 100 soit 5 %. Vous avez une croissance négative (selon la merveilleuse expression de Christine Lagarde). Il ne vous reste plus qu’à vous bourrer de lexomil.

Soyons sérieux. Rigueur et austérité ne tuent pas la croissance. Elles tuent la croissance du crédit et de la dette ce n’est pas la même chose.

« La monnaie, histoire d’une imposture » / Philippe Simonnot et Charles Le Lien


Ce que vous y trouverez

Toutes les motivations des États pour s’approprier la monnaie et la manipuler. Les trois premiers chapitres sont absolument passionnants. Vous y constaterez que Goldman Sachs est un Mickey Mouse à côté des Médicis en leur temps. Le lien entre banque, pouvoir et État est une constante historique. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les despotes n’étaient pas si dispendieux comparés aux États providence.

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« Le déni Français – les derniers enfants gâtés de l’Europe » / Sophie Pedder


Ce que vous y trouverez

Un comparatif lucide sur l’exception française…
Fait partie de la cure de désintoxication de désinformation. C’est réaliste, mesuré, vivant, concret. Sophie Pedder vit, connaît et aime la France. Mais qui aime bien…
Sophie Pedder est une franco-britannique qui est chef du bureau de The Economist à Paris et vit à Paris. Durant l’été 2012, The Economist a publié sous sa direction un dossier titré « La France dans le déni ». Couverture une reproduction du « Déjeuner sur l’herbe » de Manet avec Nicolas Sarkozy et François Hollande. Lever de boucliers, Sophie Pedder s’est fait traîner dans la boue par les medias français.

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« La faillite de la France » / Antoine Michon et Nicolas Delecourt


Ce que vous y trouverez

Un très édifiant parallèle entre les finances privées et les finances publiques. Les chiffres datent, évidemment puisque ce livre prémonitoire fut écrit en 2006. Mais le parallèle reste saisissant. On ne peut que penser à Kant. Ce qui est mauvais à l’échelle individuelle l’est à l’échelle collective. Vivre au dessus de ses moyens, c’est mal, individuellement ou collectivement.

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« Le jour où la France a fait faillite » / Philippe Jaffré et Philippe Riès


Ce que vous y trouverez

Palpitant, un thriller, la faillite racontée heure par heure. Philippe Jaffré était un inspecteur des finances (énarque donc) lucide (si, si, puisque je vous le dis). Un roman financier puissant, magnifique. Pour tout ceux que le genre « essai » gonfle mais qui se demandent quand même ce qui arrivera le jour de la GAF (Grande Apocalypse Financière).

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« Cette fois, c’est différent – Huit siècles de folie financière » / Carmen M. Reinhart et Kenneth S. Rogoff


Ce que vous y trouverez

Beaucoup de chiffres sur les faillites étatiques. Très universitaire et donc très bien documenté. Peut remplacer un somnifère si attaqué vers 23h00 mais utile pour bien cerner les cycles des défauts, les crises bancaires et les krachs monétaires.

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« Qui va payer la cris€ » / François Lenglet


Ce que vous y trouverez

Un bon condensé de la pensée unique contemporaine. C’est finalement le côté utile de ce livre. L’ex directeur de La Tribune établit un distinguo entre les « détenteurs de capitaux » qui sont « les épargnants » et les contribuables. Il semble ne pas réaliser que les épargnants sont des contribuable à la puissance 4 puisque leur épargne a d’abord été taxé au titre des revenus du travail et sera ensuite taxée au titre des plus-values, des dividendes, et éventuellement du capital. Au final, ce n’est pas ce livre qui va vous apprendre qui va payer la crise. Mais vous l’aviez déjà deviné, non ?

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