Que serions-nous sans la Suisse ?

Bonne nouvelle : la Suisse continue à financer les déficits européen et à racheter les émissions obligataires libellées en euros. La parité de 1,20 est le nouveau dogme de la Banque nationale suisse. Sur ses 500 MdsF de réserves, 48 % sont investis en euro. Voilà pourquoi nos taux restent bas.

http://www.agefi.fr/articles/la-bns-reste-solidement-accrochee-a-son-taux-de-change-plancher-1246832.html

Les banques rachètent la dette d’État

Les banques sauvées par les États rachètent la dette de ces mêmes États dans la logique du renvoi d’ascenseur.
Détention de la dette souveraine par les banques
Source Agefi

Depuis l’avènement des monnaies fiduciaires, banques commerciales et États vivent une relation incestueuse. Les États ont délégué aux banques commerciales la création monétaire. Ceci a permis de développer l’économie du crédit dans laquelle nous vivons aujourd’hui. Tout le monde prête à tout le monde sans être trop regardant puisque, c’est bien connu, la croissance sera toujours là. Dans le cadre de cette relation incestueuse, un pacte a été passé : les banques souscrivent aux emprunts d’État (lesquels emprunts sont estampillés ultra sûrs – croix de bois, croix de fer, si je mens, je vais en enfer) et quand les banques vont mal les États volent à leur secours avec l’argent du contribuable.

Est-ce grave docteur ?

Les zinzins, les investisseurs institutionnels, qui ont des contraintes réglementaires pesant sur la qualité de leurs actifs seront tentés de moins acheter de dette française. Mais ils n’en sont pas encore à vendre.
Ces zinzins doivent respecter des ratios de solvabilité. Cela signifie qu’en face de chaque actif (obligation ou action) qu’ils détiennent en portefeuille, ils doivent prévoir une provision d’argent au cas où les choses tourneraient mal. C’est ce qu’on appelle les ratios prudentiels. La provision d’argent ce sont leurs fonds propres.

Prenons un fonds de pension ou une compagnie d’assurance : un actif noté triple A par deux agences sur trois ne consomme pas de fonds propres. Le zinzin n’a pas besoin d’avoir un matelas de précaution. Mais un actif moins bien noté consomme des fonds propres, et il en consomme d’autant plus qu’il est moins bien noté. Donc le zinzin qui le détient va devoir trouver à terme plus de capitaux pour respecter les ratios réglementaires si ses obligations françaises se dégradent ou alors les vendre … si le prix du marché lui inflige des pertes supportables (inférieures au montant qu’il doit trouver pour remettre au pot de ses fonds propres).

Et de deux !

Nous avons donc perdu notre AAA une seconde fois, 11 mois après la dégradation de Standard & Poor’s. Ne reste plus que Fitch pour que le chœur des agences soit au complet. Évidemment, Fitch Ratings est l’agence de monsieur Ladreit de Lacharrière et il est difficile de mordre la main qui vous nourrit…

Par peur, les gens s’appauvrissent lentement

« Les investisseurs et en particulier les retraités pensent qu’ils n’ont pas d’autre choix que de se tourner vers l’obligataire. … Par peur, les gens s’appauvrissent lentement », déplore le Financial Times.

En France, les impôts les aident à s’appauvrir plus vite et les banques françaises (Natixis, BNP Paribas et Amundi) comptent 17,7 Mds€ de moins en actifs sous gestion selon L’Agefi http://www.agefi.fr/articles/les-banques-francaises-ont-decollecte-dans-la-gestion-au-troisieme-trimestre-1246069.html. Les assureurs ne sont pas en reste et 33 Mds€ sont sortis d’AXA. Que voulez-vous, le mois de novembre fut cruel pour le contribuable. Les patrons, eux, ont eu la mauvaise surprise de constater que la « contribution foncière » était bien plus douloureuse que feue la taxe professionnelle.

Miracle, nous échappons à la récession

La zone euro s’enfonce, mais pas nous.

http://www.lemonde.fr/economie/article/2012/11/15/la-france-echappe-a-la-recession-pour-l-instant_1790905_3234.html

Tout vient bien sûr du fait que le PIB grossit. Personne ne se soucie de ce qu’il y a dans le PIB. Plus c’est gros, plus c’est bon, puisqu’on vous le dit.
Mais… le PIB n’est-il pas une somme de dépenses dont certaines sont financées par le déficit ? Voilà bien le problème. Toute activité économique n’est pas créatrice de richesse de la même façon que toute entreprise qui a un chiffre d’affaires n’a pas nécessairement un résultat net positif.
Nous échappons à la récession, mais le déficit se creuse. Que diriez-vous d’une entreprise dont le chiffre d’affaires grossirait mais dont les pertes se creuseraient ?

La dette « vue à la télé »

Dette qui va payer ? http://www.france3.fr/emissions/le-monde-dapres

C’était la question que posait Franz Olivier Giesbert sur France 3 lundi 12 novembre. Aucune réponse claire, bien sûr… Il faut dire que, sauf chez deux invités du plateau, aucun sentiment d’urgence ne se dégageait. Nous avons un pays où il fait bon vivre, où les crèches sont magnifiques, le système de santé excellent et tant qu’on nous prête pour pas cher, la vie est belle ! Pourquoi se la pourrir…

Et puis nous pourrions même être sauvés par les investissements dans l’écologie, mais si, mais si … Les autres n’y ont pas pensé, évidemment, mais nous, c’est différent, nous avons le génie français.

Plus sérieusement, c’est malgré tout un signe de voir la dette s’inviter en prime time sur France 3. 1 788 000 téléspectateurs soit 6,8% de part d’audience (derrière Camping sur TF1 avec 25%, Castle sur France 2 avec 22% et Twilight sur M6 avec11%)

C’est plutôt une bonne performance compte tenu de la programmation (films très populaires) sur les autres chaînes et vu le thème. La dette c’est quand-même moins sexy que le camping et/ou des adolescents vampires….

Oui, l’austérité tue l’économie de la dette. Non, l’austérité ne tue pas la croissance

L’OFCE met en garde contre un nouveau plan de rigueur en 2013
http://www.lemonde.fr/economie/article/2012/10/18/ofce-il-n-y-aura-pas-de-sortie-sans-douleur-de-la-crise_1777103_3234.html

Pour l’OFCE, comme pour beaucoup,  l’austérité tue la croissance. Donc l’austérité, ce n’est pas bon et il faut l’abandonner.

C’est bien ce que pensent les manifestants de plus en plus nombreux en Grèce, en Espagne, …
En France, c’est ce que pense aussi l’OFCE, observatoire français des conjonctures économiques qui a pour mission selon le décret du 11 février 1981, « d’étudier scientifiquement et en toute indépendance la conjoncture de l’économie française, ses structures et son environnement extérieur, notamment européen, d’effectuer des comparaisons avec les économies étrangères, de formuler dans la mesure où il l’estimera possible, des prévisions économiques, à court, moyen et long terme ».

« L’obstination des gouvernements à réduire le déficit débouche sur une spirale de rigueur et de récession » affirme l’Observatoire français des conjonctures économiques. http://www.economiematin.fr/eco-digest/item/1944-previsions-croissance-france-2013-ofce

Poussons le raisonnement. L’austérité entraîne la récession. Donc il faut continuer à dépenser plus que ce qu’on a (le déficit) ce qui permet d’éviter la récession. Pour continuer à dépenser plus que ce qu’on a, il faut continuer à s’endetter (la dette publique). Sinon comment trouver l’argent ? Pour continuer à s’endetter, il faut trouver des prêteurs (les marchés ou des épargnants).

Souvent, pour conclure qu’un raisonnement est biaisé, il suffit de voir où nous mène la limite, exactement comme en mathématique. Si la limite nous emmène vers l’absurde ou un résultat indésirable, quelque chose cloche. Ici la limite nous emmène au déficit perpétuel et à la dette illimitée. Les marchés et les épargnants ont des ressources illimitées. Pas possible, me direz-vous ? Donc il doit y avoir un problème.

Le problème est dans le mot « croissance ».

La croissance est officiellement mesurée comme l’évolution du PIB d’un pays. Le PIB est le reflet de la production d’un  pays. Plusieurs méthodes de calcul existent. Mais elles ont toutes en commun d’additionner  des dépenses (ou des revenus) dont certaines sont financées par le déficit (et donc l’emprunt).

Dans le PIB de chaque année rentre le déficit de chaque année. Donc vous pouvez obtenir de la « croissance » par la croissance du déficit.

Rapporté à l’échelle domestique, voilà ce que ça signifie :

  • 2011   vous avez  90 de salaire et 10 de crédit à la consommation. Vous dépensez 100. Votre « PIB » est de 100.
  • 2012   vous avez 90 de salaire et 20 de crédit à la consommation. Vous dépensez 110. Votre « PIB » est de 110.

Votre croissance est donc de 110/100, soit 10 %.

En revanche, si en 2012 vous avez toujours 100 de salaire mais que vous réduisez votre recours au crédit à la consommation de 10 à 5, votre « PIB » est de 95. Ô horreur, vous êtes en dépression de 95 / 100 soit 5 %. Vous avez une croissance négative (selon la merveilleuse expression de Christine Lagarde). Il ne vous reste plus qu’à vous bourrer de lexomil.

Soyons sérieux. Rigueur et austérité ne tuent pas la croissance. Elles tuent la croissance du crédit et de la dette ce n’est pas la même chose.

« La monnaie, histoire d’une imposture » / Philippe Simonnot et Charles Le Lien


Ce que vous y trouverez

Toutes les motivations des États pour s’approprier la monnaie et la manipuler. Les trois premiers chapitres sont absolument passionnants. Vous y constaterez que Goldman Sachs est un Mickey Mouse à côté des Médicis en leur temps. Le lien entre banque, pouvoir et État est une constante historique. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les despotes n’étaient pas si dispendieux comparés aux États providence.

Acheter ce livre sur Amazon